EMPREINTE DE LA PAROLE DE L′USAGER SUR SON ENVIRONNEMENT

 

 

      Restituer la parole à l′usager, impliquer celui-ci dans le fonctionnement institutionnel et lui permettre d′agir sur son propre environnement, c′est faire de celui-ci un partenaire dans la mise en place d′actions précises, et lui donner les moyens d′exercer sa citoyenneté. Pour cela, il nous faut créer du lien social à l′intérieur même de la structure, faire émerger des solidarités à partir d′initiatives spontanées et induire une démarche qui s′appuie sur la capacité des usagers à prendre en charge, d′une manière solidaire, les problèmes ou les projets collectifs de leur vie quotidienne.
      Il nous faut tendre vers le « faire avec » le plus souvent possible et limiter au mieux le « faire pour » en responsabilisant les personnes handicapées dans la dynamique d′établissement.
      Le Foyer de Vie, centre d′initiatives, se comporte alors en agent de communication et d′échange en participant à la médiation de ses acteurs. En proposant un potentiel humain, logistique, matériel, et structurel adapté, "Les Tilleuls", inscrit dans un environnement physique et social, est un lieu d′accueil et d′écoute, qui, en offrant un dispositif ressources défini, interpelle et permet d′engager dans son fonctionnement, la responsabilité individuelle et collective des usagers.
L′institution, centre d′action sociale, se doit d′engager un processus de socialisation permettant à l′usager de confronter sa parole à celle de l′autre, de prendre le risque de se heurter à des avis, des opinions différents et à juger de la pertinence de ses propos. Inscrire la parole de l′usager dans le fonctionnement d′établissement, c′est aussi refuser de maintenir celui-ci dans un cocon "surprotecteur", dans une dimension où l′accompagnement serait réduit à sa plus simple expression d′assistanat, gênant, freinant la démarche d′acquisition d′une plus grande autonomie. La surprotection risque toujours de se produire lorsque l′usager est perçu comme moins capable d′adaptation ou moins digne de confiance qu′il n′est en réalité. « Quand nous refusons de reconnaître les possibilités d′un être, nous le déshumanisons » extrait du PASS 3 Canadien - Wolf Wolfensberger & Linda Glenn.

      Par conséquent, cette démarche de "normalisation" ne peut se concevoir que si l′on permet à une personne de faire face aux risques de dire ce qui ne peut être admis ou retenu avec des chances raisonnables et normatives de succès.
Cette volonté sous-tend que le personnel doit être à même d′entendre la parole de l′usager même si ce dernier traite des interactions entre le groupe des accompagnés et le personnel. C′est par là même que l′évaluation de ces interactions peut être rendue possible, autorisant alors quelques modifications. Ceci présuppose également des aménagements possibles de lieu et de temps.
      La participation des usagers à la vie institutionnelle est considérée non seulement comme un moyen d′évaluation, de changement et d′innovation, mais comme faisant partie intégrante d′un droit humain à contribuer à un processus social et à déterminer la destinée de chacun. Ceci est d′autant plus vrai si cette collaboration se situe au niveau des adultes, sachant que le financement de l′institution provient de fonds publics ; cette participation doit alors être considérée comme un droit public.

      La participation de l′usager aux diverses instances ne doit pas être "symbolique", mais réelle et significative. Et si le besoin s′en faisait ressentir, comme énoncé dans les écrits relatifs à la mise en place des Conseils de la Vie Sociale, l′ "éducateur", l′encadrant, doit alors s′inscrire comme l′ "interface entre l′usager et l′institution".

      Cette dimension collective, communautaire, dans laquelle s′inscrit notre établissement fait partie intégrante de notre stratégie d′accompagnement qui conduit ainsi vers un ensemble de pratiques qui maximisent la collaboration d′un individu dans un cadre socialisant et culturel. Pour permettre un processus optimal de cette "normalisation", l′établissement doit tendre vers une dynamique sociale énoncée, autrement dit, impliquer l′acceptation des capacités individuelles et les interactions sociales qui peuvent en émerger. Il s′efforce par ailleurs et parallèlement, de lutter contre les regards discriminateurs et offrir aux usagers la possibilité d′agir, de manière constructive, réfléchie, sur leur environnement dans un cadre réglementaire défini tout en respectant sa parole ou en la rapportant (en prêtant une réelle attention à ne pas en déformer son contenu).

      Cette dimension relative à notre stratégie d′accompagnement est énoncée dès l′arrivée de l′usager en notre établissement. Si le futur résidant doit être informé des prestations que nous sommes à même de lui offrir, de ses droits, nous nous devons de lui rappeler qu′il est, en qualité de citoyen, un être de devoir.
      En effet, le Foyer de Vie édicte les règles nécessaires des diverses unités de vie : règles de fonctionnement, de sécurité, les horaires...
      L′équipe d′accompagnement doit faire comprendre aux résidants que toute société est régie par des lois, des règles qui sont les garantes de sa survie. Ceci suppose que la structure présente un cadre suffisamment sécurisant, empreint d′une certaine convivialité permettant d′affirmer la personnalité de chacun basée sur la reconnaissance et le respect de l′Autre. L′équipe centre également ses efforts sur le développement de la notion de propreté, de rangement et d′ordre, ceci renvoyant à l′image d′un travail réalisé avec rigueur dans une logique technique faite de normes et de qualité.
      Elle s′efforce également de susciter chez ces derniers une prise de conscience en matière de sécurité. L′ensemble de ces règles est intégré dans un document intitulé "Règles de fonctionnement", ayant reçu l′aval du Conseil à la Vie Sociale et adopté par délibération du Conseil d′Administration du Centre Intercommunal d′Action Sociale.
      Ces règles participent, d′une manière générale, à tout projet de vie (individuels ou collectifs) et permettent aux équipes de fonctionner dans un cadre défini.