L′USAGER, PARTENAIRE DE SA PRISE EN CHARGE

 

 

      Il nous faut parfois reposer différemment le problème de la responsabilité de l′usager en entreprenant une dédramatisation des situations, en énonçant un transfert des responsabilités aux éléments objectifs de son environnement, de son histoire, tout en évitant l′intériorisation du stigmate, et en lui restituant une parole qu′il doit s′approprier. Il nous apparaît donc nécessaire dans le cadre de notre mission, de se saisir des capacités de chaque personne à pouvoir poser un acte en repérant et en faisant adhérer celle-ci à des communautés d′intérêts et en la solidarisant dans une dynamique institutionnelle.

      Restituer la responsabilité à l′usager, c′est lui permettre d′accéder à un véritable acte-pouvoir sur lui et sur les autres grâce auquel il pourra manifester sa créativité (au sens Winnicottien du terme) et nourrir un sentiment collectif, d′appartenance et de solidarité.
      Parler de solidarité, c′est parler d′un individu pouvant participer de manière autonome et créative à l′élaboration d′un projet d′action et détenir un moyen de contrôle quant à l′application de ce projet. C′est l′aider à devenir partenaire de sa propre prise en charge…

      La solidarité, constructrice de la citoyenneté, ne peut se manifester que dans un rapport dialectique individu/collectif oû l′investissement de chacun engendre un apport immédiat quant à l′amélioration de sa réalité quotidienne.
      Prendre en compte la parole de l′autre, des autres, la transporter, la défendre dans un cadre institutionnel, c′est construire une logique collective d′appartenance à un groupe donné. Ce constat semble avoir été entendu par nos parlementaires, notamment par la mise en place des Conseils à Vie Sociale dans le cadre de la mise en place de la loi du 02 janvier 2002.

      L′autonomie revêt une dimension sociale parce qu′ ETRE n′est concevable que comme un rapport social où l′Autre, les autres sont toujours présents.
      L′accession à la citoyenneté ne peut s′élaborer que dans une relation à l′autre basée sur le partage (et non sur la relation Sujet/Objet, Dominant/Dominé, Educateur/Eduqué..), dans le cadre d′expériences différentes permettant une élaboration permanente de l′ "autonomie". Il n′y a alors plus de justification d′une société d′assistants et d′assistés de pouvoir contraignant, mais légitimité d′un pouvoir collectif à partager, seul moyen d′évolution sociale que rappelle Mendel en s′appuyant sur Castoriadis en définissant l′être social, collectif (de par l′éducation, les affects, le langage, la culture..) plus que comme un être individuel. « C′est la mise au point de procédure collective de coopération qui permettrait à chacun de voir le lieu dans la société entre le travail, les actes et ce qu′ils modifient dans la société. Percevoir ce lieu, c′est pouvoir en contrôler les effets et les modifications » - MENDEL.

      Mais cette notion d′autonomie resterait une notion figée si elle n′était pas complétée par une autre, chère à Winnicott, la créativité, autrement dit, l′empreinte de « soi » dans l′acte.
Donner du pouvoir à ses actes, c′est sans nul doute écouter, se confronter, partager.

      « L′homme est création et institution sociale » C. Castoriadis - L′institution imaginaire de la société. Nous serions tentés d′ajouter, « institution sociale malléable, car l′homme est "modèle" selon un système de normes particulier à la société à laquelle il appartient. L′agir devient alors le pouvoir sur soi et sur les autres (Winnicott).»

      Restituer à l′usager son acte pouvoir, c′est pouvoir lui offrir la possibilité de s′inscrire dans les différentes instances institutionnelles, et par là-même, l′autoriser à s′impliquer en qualité d′acteur dans le jeu institutionnel.
La possibilité de l′accueilli d′agir en qualité d′acteur permet à l′institution de se re-penser, de se remodeler..; c′est éviter à l′institution de perdre, même inconsciemment, ses finalités (pertes possibles par des exigences ou par des routines de fonctionnement..) pouvant aller à maintenir un usager à l′écart du courant de la culture, le dissocier des rapports sociaux à la fois normatifs et normalisants.